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L’indignation combattante de Marisol Touraine qui ne désarme pas contre les violences envers les femmes !

Sep 5, 2015 10282 Vues Eric F. 6 Commentaires
Crédits Photo: Pixabay

En ses qualités de ministre et de militante engagée dans cette cause louable que constitue la défense des droits des femmes, Marisol Touraine a plus que jamais rassuré -nous l’espérons- ces dernières toujours trop nombreuses à être victimes de violences, lors d’une conférence, à la Chaire UNESCO Santé sexuelle et Droits humains. Notre ministre des Affaires sociales et de la Santé (maintenue à ce poste sensible avec une confiance renouvelée, sans discontinuité, depuis les débuts de l’ère présidentielle de François Hollande, à savoir le 16 mai 2012) avait une tribune adéquate et a pu s’ériger, ce vendredi contre les violences commises envers toutes les femmes peu importe d’où elles viennent et où elles vivent, à l’occasion de la Première journée internationale sur l’innovation et la recherche en éducation à la Santé sexuelle et aux Droits humains. Elle a été l’une des intervenantes les plus actives de cette journée. Elle a livré un véritable plaidoyer contre les violences perpétrées contre les femmes (30% en sont victimes dans le Monde) et a désavoué les inégalités entre les deux sexes qui se perpétuent encore et encore. Elle n’a pas oublié également de mettre en exergue les mesures prises ou en cours en France s’inscrivant dans un ambitieux plan triennal inauguré en 2014 pour montrer que les pouvoirs publics ne désarment pas.

Elle a effectué le constat accablant suivant, en ne mâchant pas ses mots et en n’hésitant pas à monter au créneau : « Les victimes de ces violences ne sont pas des victimes comme les autres, parce que ces violences faites aux femmes, aux enfants et singulièrement aux petites filles, ne sont pas des violences comme les autres ». Tout en mettant l’accent sur un enchaînement qui s’ensuit : « elles n’ont qu’un seul et même objectif, un seul et même résultat : reproduire, génération après génération, les inégalités entre les femmes et les hommes, maintenir la soumission des femmes et- disons-le clairement- la domination masculine ». Marisol Touraine en appelle ainsi à la sensibilisation et la prise de conscience collective, pour ce qui constitue hélas un problème de santé publique, que nul ne doit ignorer. Quelque soit sa place dans la société, tout individu est concerné : tout témoignage ou signalement peut être utile voire vital en cas de violences soupçonnées. Se bander les yeux équivaut à un refus de participation citoyenne. L’égalité et l’équité sont deux mots porteurs de valeurs universelles sur lesquelles l’on ne peut s’essuyer les pieds et incluant de droit les femmes tout autant que les hommes. La misogynie ne doit plus être reproductible.

Son discours a été étayé par ses soins, en utilisant des statistiques récentes, consolidant l’argumentation combattive qu’elle a développée : « A l’échelle mondiale, une femme sur trois est amenée à subir des coups, un viol ou un meurtre. Dans certains pays, jusqu’à 70 % des femmes subissent des violences. Comment peut-on, face à cette situation, imaginer que l’action de la France puisse se limiter à l’intérieur de ses frontières ? » . Ces chiffres émanent d’études de l’OMS et de l’Ined sur lesquelles nous reviendrons ultérieurement. Un 4ème plan interministériel de prévention et de lutte contre les violences faites aux femmes , réponse forte des pouvoirs publics à la situation en France, engageant 66 millions d’euros, a été mis en place, en 2014. Avec de nouveaux axes majeurs, que Marisol Touraine a évoqué sans tous les approfondir : ne laisser aucune plainte déclarée sans réponse (pénale, sanitaire, sociale), des moyens dédiés aux victimes, la mise en place d’une plateforme téléphonique d’écoute et d’orientation (le 39 19), des campagnes de sensibilisation appelées à se multiplier et une formation appropriée des médecins et professionnels de santé mobilisés comme premiers remparts et détecteurs de ces violences cachées.

Ainsi, si l’on se fie aux deux études mentionnées plus hauts, les femmes subissant la peur et les heurts de violences conjugales, sont enclines à un risque de fausse-couche, plus que les femmes épargnées par le fléau des coups assénés gratuitement. Ces dernières ont également, en France, « 26 fois plus de risque de faire une tentative de suicide » (il convient de ne pas oublier les séquelles psychologiques peut-être tout aussi importantes que les stigmates physiques voire plus explosives sur le long terme). Notons que toute violence vue (parents en arrivant aux mains) ou subie (attouchements sexuels ou caresses loin d’être innocentes) en étant enfant engendrent deux effets néfastes : le premier est immédiatement identifiable avec des répercussions diverses sur leur santé en général (retards de croissance, troubles du sommeil et de l’alimentation) alors que le second ne se manifeste qu’à partir de l’adolescence et consiste au risque de développer un schéma répétitif à l’âge adulte, dans la bonne ou mauvaise voie, par rapport aux codes moraux régissant la société. Notons que ce n’est pas uniquement dans les milieux dits défavorisés que les violences sont les plus importantes : toutes les strates de la société sont concernées. En revanche, ce sont dans pays les plus pauvres que se concentrent plus largement les violences infligées aux femmes. L’éducation très tôt, vis-à-vis des bonnes conduites sociétales, permettrait aux germes de comportements à bannir de ne jamais éclore.

Le 4ème plan interministériel de prévention et de lutte contre les violences faites aux femmes (2014-2016) est l’un des grands chevaux de bataille de Marisol Touraine et sa principale volonté, affichée parmi tant d’autres, est d’encourager notamment le dépôt de plainte, porte ouverte nécessaire pour une répression, souhaitée juste mais ferme, sur le plan pénal. Malheureusement sur plus de 200 000 femmes se déclarant en moyenne chaque année victimes de violences en France, seule un quart d’entre elles, osent franchir le pas pourtant libérateur. Le mutisme laisserait alors sa place à la parole des victimes auprès d’écoutants, à même d’entendre leur souffrance psychique et trouver la réponse judiciaire la plus appropriée. En 2014, une femme mourait encore tous les 3 jours sous les coups de son conjoint soit 118 femmes décédées l’année passée et en moyenne chaque année, 75 000 femmes se déclarent victimes de viols ou de tentatives de viols (environ aux alentours de 10% portent plainte).

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