1:45 - mercredi juin 26, 2019

Serge Dassault, le décès d’un capitaine de l’industrie

354 Viewed Arnaud D. 0 respond
MEDEF
Serge Dassault \ CC MEDEF

Serge Dassault, industriel dans l’aviation et l’armement, homme politique et patron de presse, est décédé soudainement d’une insuffisance cardiaque à l’âge de 93 ans ce 28 mai 2018, à son bureau.

Un groupe aéronautique créé par son père

C‘est en 1928 que son père, Marcel Bloch, crée l’entreprise Société des avions Marcel Bloch. En 1944, Marcel Bloch est arrêté avec sa famille par la Gestapo, du fait de ses origines juives et également à cause de ses sympathies gaullistes. Il a refusé de collaborer avec les autorités  d’occupation allemande, et de fournir aux nazis son savoir-faire dans la construction aéronautique. Il est interné au camp de Drancy, où il retrouve sa famille dont entre autres son fils Serge, puis déporté au camp de concentration de Buchenwald où il parviendra à survivre jusqu’à la libération en 1945, avec l’aide de résistants.

En 1946, Marcel Bloch fait changer son nom en Bloch-Dassault puis Dassault en 1949, et Serge prend donc également le patronyme Dassault. Marcel Dassault se convertit au catholicisme en 1950. Parallèlement sa société devient  Société des avions Marcel Dassault, puis Générale Aéronautique Marcel Dassault en 1947. Elle produira entre autres les Mirage qui équiperont l’armée de l’air française et seront porteurs d’armements nucléaires, et les Mystère-Falcon, avions civils et jets d’affaires. En 1971 la société absorbe Bréguet et devient alors Avions Marcel Dassault-Bréguet Aviation. Elle produira également, en collaboration avec l’allemand Dornier, l’Alpha Jet (avion de la Patrouille de France), le Jaguar (en collaboration avec British Aircraft Corporation), et le Mercure (un avion de transport de passagers). Puis ce seront les Mirage 2000 en 1978 et enfin le Rafale dont le programme démarre en 1988, tandis que le développement des très rentables avions d’affaires Falcon se poursuivra également jusqu’à aujourd’hui.

Sa carrière dans le groupe Dassault

Serge Dassault, diplômé de Polytechnique en 1947 après avoir échoué une première fois au concours, est également ingénieur SupAero, en 1951, puis diplômé de HEC Paris en 1963. Il intègre la Générale Aéronautique Marcel Dassault en 1951 en temps qu’ingénieur. En 1955, à l’époque du Mirage I, il est nommé directeur des essais en vol, puis directeur de l’exportation en 1962. Selon Le Point, son père aurait longtemps hésité à le nommer à la tête du groupe, lui préférant éventuellement son petit-fils Olivier. En 1987, après le décès de son père Marcel en avril 1986, Serge est pourtant nommé président-directeur général de Dassault Industries, qui est devenu depuis Groupe Dassault. En 2000, il devient président d’honneur de Dassault Aviation, puis, en juin 2014, il choisit Charles Edelstenne plutôt que l’un de ses enfants pour lui succéder à la tête du groupe.

Entre temps, il aura procédé  la restructuration du groupe, en créant Dassault Aviation, fabricant des Falcon et des Rafale, Dassault Falcon Jet qui commercialise les avions d’affaires Falcon dans le monde entier, Dassault Falcon Service, pour la location d’avions d’affaires. S’y ajoutent une participation de 41 % dans le géant des logiciels Dassault Systems, et le groupe de presse Le Figaro.

Le milliardaire Serge Dassault est ainsi devenu la quatrième fortune de France.

Une carrière politique jusqu’à 92 ans !

Proche de la famille Chirac, Serge Dassault suit les traces de son père qui avait été élu député à droite pendant presque 30 ans. Il adhère au RPR en 1986 puis devient conseiller régional d’Île-de-France jusqu’en 1995, date à laquelle il doit abandonner cette fonction pour éviter le cumul des mandats. Toujours en 1995, il reprend au parti communiste la municipalité de Corbeil-Essonnes, où il a été dans l’opposition pendant 18 ans. Il devient sénateur de l’Essonne, RPR puis UMP et enfin Les Républicains, jusqu’en 2017, à l’âge de 92 ans !

Mais cette carrière a aussi été émaillée d’affaires. En 2008, sa réélection à la mairie de Corbeil-Essonnes était annulée par le Conseil d’Etat. Il avait ensuite connu des démêlés judiciaires, étant notamment mis en examen depuis 2014, pour « achat de votes » et pour des irrégularités dans le financement de sa campagne électorale. Lui et ses avocats récusaient cependant ces accusations. Il devait être rejugé en appel le 6 juin prochain pour blanchiment de fraude fiscale. En première instance, soupçonné d’avoir  dissimulé des dizaines de millions d’euros au fisc, il avait été condamné à 2 millions d’euros d’amende et cinq ans d’inéligibilité, ce qui l’avait empêché de se représenter au Sénat en 2017. Le milliardaire ayant fait appel de cette condamnation et son décès étant intervenu entre-temps, l’amende ne pourra pas être récupérée par le fisc. Serge Dassault s’était cependant acquitté d’un redressement fiscal de 19 millions d’euros.

Des prises de positions controversées, mais des hommages à l’industriel

L’homme était parfois aussi critiqué pour ses prises de position. Il s’était opposé au PACS en 1997, et alléguait le 6 novembre 2012, sur France Culture, que l’homosexualité en Grèce antique était « une des raisons de sa décadence » et que la légalisation du mariage homosexuel empêcherait le renouvellement de la populationLe 19 juin 2008 dans une émission télévisée, il jugeait « anormal » d’aider les chômeurs.

En temps que capitaine d’industrie, il a néanmoins reçu les hommages de nombreux hommes et femmes politiques, essentiellement à droite mais aussi de la part de l’actuel Président de la République et de son prédécesseur, François Hollande, ainsi que de Manuel Valls. Cependant parmi les anciens présidents c’est Nicolas Sarkozy (que Serge Dassault avait activement soutenu en 2007) qui lui a rendu l’hommage le plus appuyé. Tous ont souligné son rôle dans le développement de l’empire industriel aéronautique français.

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