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Le rap se doit-il d’être la voix du peuple ?

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Illustration d'un micro / Pixabay

Nul parent ne peut affirmer comprendre l’intégralité des paroles assénées et acharnées de ces hommes souvent auto-tunés que leurs enfants écoutent quotidiennement.

En effet, ces dernières années le rap s’est érigé comme la musique privilégiée de nombreux jeunes, mais quel compte y trouvent-ils ? Plus qu’un simple plaisir, il est devenu un véritable critère de reconnaissance sociale. Beaucoup disent d’ailleurs que c’est en découvrant ce que l’autre écoute qu’il se fait une idée de sa personne.

Mais quelle place est-elle alors laissée au rap dans les mentalités d’aujourd’hui ?

Le rap se définit par une « musique au rythme martelé, basé sur des paroles scandées ». Paradoxalement à la véhémence de la voix et la violence des mots employés, le rap soulage et apaise pourtant celui qui l’écoute car il dénonce. Pensons au rap conscient à l’instar de celui de IAM, Suprême NTM, Niro, Diam’s ou encore celui de Kery James à la tête de l’affiche de Banlieusards. Le rap est une joute verbale, une guérilla linguistique qui pointe du doigt les tyrans latents de la société. Si ce dernier a trouvé racine dans les ghettos aux États-Unis dans les années 70 afin de représenter les « laissés pour compte » de la société, il s’est aujourd’hui propagé dans la quasi totalité des classes sociales.

Une telle envergure s’explique par le fait que le rap est ce genre musical qui parle à tous car il prend des intonations de reggae, de blues, de jazz ou encore de rock. En outre, le rap aborde tous les sujets qui touchent la jeunesse, bien souvent l’amour et la haine, le sexe et la fête, les désirs et les regrets; ces mots que l’on ose seulement se murmurer le soir avant de se coucher. On peut dire qu’il existe des raps correspondant à tous les états d’âme, que chacun est en mesure d’y trouver son compte. Une telle résonance se justifie également par les véritables cultes de la personnalité adressés aux rappeurs comme en témoignent les nombreux comptes fans, les marques vestimentaires à leurs effigies, les sommes astronomiques déboursées pour les places prisées des carrés d’or aux concerts. Rappelons seulement les prix exorbitants de la marque « Qlf », lancée par le groupe de rap PNL lors de l’ouverture de leur pop-up store en mai dernier (40 euros le briquet!).

Le rap, souvent taxé de « véhiculeur » de la haine, peut-il être instrument de la paix ?

« L’ignorance mène à la peur, la peur mène à la haine et la haine conduit à la violence. Voilà l’équation. » écrit Averroès, philosophe du XIIème siècle.

Ainsi l’ignorance entraine la haine mais le savoir nous protège. Si le rap aborde la haine il véhicule pourtant le savoir par la l’énonciation de réalités sociales, politiques, culturelles et historiques. Penser qu’il propage la colère nous parait donc hors de propos. Allons plus loin et pensons à ces figures émergées des classes populaires qui aspirent à la réussite et qui témoignent de leurs ambitions devenant par-là même de véritables modèles. Moha la Squale, jeune homme d’une vingtaine d’années habitant dans le quartier parisien surnommé « La Banane » se vante dans un de ses sons intitulé Tout seul : « Fleury, Florent j’ai fait les deux ». Il montre ici qu’une ascension est possible étant lui-même passé de la maison d’arrêt de Fleury-Mérogis aux cours Florent, école de théâtre de renommée. Au-delà de livrer son histoire, il encourage les jeunes de son quartier avec une énergie impressionnante à tenter de s’en sortir, il leur montre que leur destin n’est pas fatidique, qu’ils sont comme le dit Kery James : « Les capitaines dans le bateau de leurs efforts ».

Que pouvons nous encore espérer du rap dans les années à venir ?

Pourtant, le rap n’est plus seulement cet outil politique. En effet, on voit depuis les années 2000 l’émergence d’un rap « commercial » qui s’oppose au rap « underground » et qui se caractérise par la prévalence de la forme sur le fond. Nous assistons à une réelle démocratisation du rap français, dans lequel de plus en plus de rappeurs s’assument et reconnaissent chanter par plaisir et non plus pour partager leur opinion personnelle, en somme pour fuir la réalité et non pour s’y enfouir. Une démocratisation telle qu’ils n’ont plus besoin de venir de milieux défavorisés et d’avoir des revendications pour créer. Biflo et Oli, deux frères ont mis en lumière cette nouvelle réalité dans leur clip Gangsta en dénonçant les nombreux stéréotypes associés au rap et en s’en dissociant, reconnaissant qu’ils n’ont jamais rencontré d’embûches, qu’ils craignent d’avoir de mauvaises notes en cours, qu’ils ne boivent pas, qu’ils n’ont pas leur permis et qu’avec les femmes c’est pas toujours la joie! En outre, nous pouvons espérer du rap dans les prochaines années une plus grande ouverture encore, notamment par l’apparition récente de nouvelles figures féminines, telles que Shay ou Chilla, qui s’octroient ainsi cet univers dominé par les hommes.

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