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#FreeBritney. Britney Spears demande à la justice californienne de lever sa tutelle

La chanteuse Britney Spears / CC - © Glenn Francis

La chanteuse de 39 ans s’est adressée, mercredi 23 juin, à une juge de Los Angeles, lors d’une audience publique transmise sur Internet. Mise sous tutelle depuis 2008, elle a tenté de faire lever cette mesure qui l’oblige à consulter son père et une tutrice professionnelle pour l’essentiel de ses décisions depuis maintenant 13 ans.


Déprimée, Britney Spears a demandé mercredi 23 juin à un tribunal de Los Angeles de lever la tutelle dont elle fait l’objet depuis 2008 à la suite de problèmes psychologiques et qui la prive d’une grande part de son pouvoir décisionnaire. La chanteuse américaine souhaite que son père, Jamie Spears, avec qui elle entretient de mauvaises relations, n’en soit plus le responsable. « Je veux juste reprendre ma vie, ça fait treize ans et ça suffit », a-t-elle lancé lors d’une audience menée via Internet.

Britney Spears a parlé de manière ininterrompue pendant plus d’une vingtaine de minutes pour demander à la juge Brenda Penny de lever cette mesure judiciaire qui lui fait, selon elle, « plus de mal que de bien ». « Je pense vraiment que cette tutelle est abusive », a-t-elle lancé. « J’ai dit au monde que je suis heureuse et que je vais bien » mais « je suis traumatisée », a ajouté l’artiste de 39 ans.

Les débuts de sa carrière

Le monde découvre Britney Spears qui devient numéro 1 des ventes avec Baby One More Time et enchaîne les tubes : Oops!… I Did It Again, Crazy, I’m a Slave 4 U, Toxic ou encore Everytime. Pendant ses cinq premières années de carrière, la chanteuse vend plus de 60 millions d’albums.

La vie de la superstar, dont le style d’écolière a conquis le monde, est au centre de toutes les attentions, notamment la presse people : rupture avec Justin Timberlake, baiser avec Madonna aux MTV Music Awards… A la fin de l’année 2004, elle épouse le danseur Kevin Federline et ensembles, ils ont deux enfants. Trois ans plus tard, ils se séparent.

La « descente aux enfers » : une dépression puis une mise sous tutelle

En février 2007, Britney Spears entre dans un salon de coiffure, s’empare d’une tondeuse et se rase le crâne, sous les objectifs des paparazzi qui ne loupent aucune occasion de la traquer. Ce rythme dense et sans répit imposé par sa carrière musicale la pousse à frapper les photographes à coups de parapluie à la sortie du commerce. Cet incident a lieu dans un contexte où elle est en plein divorce et Kevin Federline obtient la garde de leurs enfants. La chanteuse souffre de dépression et doit alors suivre un traitement, sa carrière est naturellement mise en pause.

Hospitalisée en janvier 2008 après avoir refusé de laisser ses enfants à son ex-mari, Britney Spears est placée sous la tutelle de son père, Jamie Spears, dans des conditions strictes. Son tuteur est chargé de contrôler à la fois les finances de sa fille et l’ensemble des décisions de sa vie personnelle. Depuis treize ans, la star est comme prise au piège et ne dispose donc d’aucune autonomie. La tutelle a d’ailleurs été à plusieurs reprises prolongée par les tribunaux, sans que les raisons n’aient été rendues publiques, relève la BBC.

En 2019, Jamie Spears perd néanmoins une partie de sa tutelle sur sa fille dont il devient le cotuteur. Il renonce aux responsabilités concernant les décisions de la vie quotidienne de Britney Spears mais reste responsable de la gestion de son patrimoine, estimé à 60 millions de dollars selon Forbes, et de sa carrière avec une institution financière. La vie personnelle de la star est sous le contrôle d’une tutrice professionnelle qui se charge également de faire la liaison entre Britney Spears et les médecins qui la suivent.

#FreeBritney

Depuis quelques années, des fans de la chanteuse la soutiennent dans un mouvement baptisé #FreeBritney (#LibérezBritney en français). Convaincus qu’elle est maintenue sous tutelle contre son gré et qu’elle envoie des appels à l’aide codés sur Instagram, ils organisent des manifestations pour demander la levée de cette tutelle. D’abord limité à ses plus fervents admirateurs, le mouvement a gagné en popularité le 5 février 2021 à la faveur du documentaire Framing Britney Spears, diffusé en France sur Amazon Prime.

La réalisatrice Samantha Stark y revient sur la carrière de la chanteuse, sa dépression puis son placement sous tutelle. En 2016, le New York Times avait déjà évoqué la radicalité de cette tutelle : « Ses achats les plus communs, comme une boisson chez Starbucks ou une chanson sur une plateforme de streaming sont consignés dans des documents judiciaires, dans le cadre du plan de sauvegarde de la fortune qu’elle a gagnée mais ne contrôle pas. »

Un mal-être longtemps dissimulé

Sa mise sous tutelle n’a pas empêché l’artiste de rester active professionnellement : elle a sorti trois albums et a assuré une série de spectacles en résidence à Las Vegas, effectuant par ailleurs quelques apparitions dans des shows télévisés. Britney Spears est peu apparue dans les médias depuis la sortie et la promotion de son dernier album Glory en 2016. En janvier 2019, elle avait annoncé suspendre jusqu’à nouvel ordre ses activités artistiques. Elle a néanmoins continué à communiquer sur les réseaux sociaux, en particulier sur Instagram, dans des publications souvent joyeuses.

Lors de l’audition de mercredi, Britney Spears a assuré avoir enjolivé la réalité sur les réseaux sociaux. « Je vous dis tout ça deux ans après, après avoir menti et dit au monde entier : ‘Je vais bien et je suis heureuse.’ C’est un mensonge. Je pensais que peut-être si je le disais suffisamment, ça me rendrait heureuse. Parce que j’étais dans le déni. J’étais en état de choc », a-t-elle déclaré.

En vérité, la star se dit « traumatisée ». « Je ne suis pas heureuse. Je ne peux pas dormir. Je suis si en colère, c’est dingue. Et je suis déprimée. Je pleure tous les jours ».

Une parole désormais libérée

En avril 2021, après treize ans de tutelle, les avocats de la chanteuse ont demandé à ce qu’elle puisse s’adresser directement à la juge en charge de son dossier car elle-même était dans l’ignorance : « Je ne savais pas que je pouvais adresser une demande pour mettre fin à la tutelle. Je suis désolée de mon ignorance, mais honnêtement je ne le savais pas », a-t-elle soutenu.

Devant le tribunal de Los Angeles, la chanteuse a détaillé les raisons pour lesquelles elle considérait depuis longtemps cette mesure « oppressive » et « abusive », rapportent le New York Times et la BBC. Ces derniers font état des révélations glaçantes de Britney Spears : privée de tout libre-arbitre, elle devait notamment faire valider par son père l’identité des hommes avec lesquels elle pouvait avoir des rendez-vous ou encore la couleur des placards de sa cuisine.

« La seule situation similaire à la mienne a un nom : le trafic sexuel. Faire travailler quiconque contre sa volonté, lui enlever tous ses biens – carte de crédit, argent, téléphone, passeport – et le placer dans une maison où il travaille avec les gens qui vivent avec lui. Ils ont tous vécu dans la maison avec moi, les infirmières, la sécurité 24h/24 et 7 jours/7. Il y avait un chef qui venait et cuisinait pour moi en semaine. Ils me regardaient me changer tous les jours – nue – matin, midi et soir. Je n’avais pas d’intimité dans ma chambre ».

La chanteuse a détaillé les conditions de sa tutelle : « Ils me donnent l’impression de vivre en cure de désintoxication », a-t-elle déclaré, en évoquant notamment les rendez-vous obligatoires avec un thérapeute, deux fois par semaine. Il lui aurait prescrit du lithium, un régulateur de l’humeur utilisé dans les troubles bipolaires, mais la star ne voulait pas prendre ce traitement. Elle dit aussi avoir été obligée de voir son coach sportif, même quand elle était malade.

Elle évoque notamment la période où elle était en résidence à Las Vegas pour assurer des concerts : « Je travaillais sept jours sur sept, sans jour de repos. Si je n’allais pas à mes rendez-vous de 8 heures à 18 heures, je ne pouvais pas voir mes enfants ou mon compagnon », a-t-elle raconté. Elle soutient également avoir été « forcée » à faire des tournées, qu’elle ne voulait pas faire. « Je n’aime pas avoir cette impression que je travaille pour les personnes que je paye », a-t-elle ajouté, alors que son père est accusé par ses fans de se faire de l’argent sur le dos de la star.

Elle a ainsi déclaré au juge vouloir simplement aller chez le coiffeur ou faire une manucure librement, tout comme pouvoir rendre visite à ses amis qui habitent « à huit minutes », sans avoir besoin de l’autorisation de quiconque : « Je mérite d’avoir une vie. Je me sens attaquée, harcelée, abandonnée et seule. Et je suis fatiguée de me sentir seule. »

Selon des documents judiciaires cités par le New York Times, Britney Spears a exprimé à plusieurs reprises une nette opposition aux conditions de son régime de tutelle. « Elle a déclaré qu’elle avait le sentiment que la tutelle était devenue un moyen de contrôle oppressant à son encontre », écrit dans un rapport daté de 2016 un enquêteur judiciaire chargé du dossier. Selon le rapport, Britney Spears a informé l’enquêteur qu’elle souhaitait faire cesser ce régime de tutelle aussi vite que possible et qu’elle en a « marre qu’on profite d’elle », poursuit le document.

Britney Spears empêchée d’avoir un enfant

La chanteuse a assuré qu’on l’avait obligée à garder son stérilet, rapporte le New York Times : « On m’a dit que maintenant, avec la tutelle, je ne pouvais pas me marier et avoir un bébé. J’ai un stérilet […] pour ne pas tomber enceinte. Je veux l’enlever pour essayer d’avoir un nouvel enfant. Mais cette prétendue équipe ne me laisse pas aller chez le médecin pour le faire, parce qu’ils ne veulent pas que j’ai un enfant, aucun autre enfant. »

En couple depuis près de cinq avec le danseur Sam Ashgari, elle a évoqué sa vie privée à l’audience : « J’aimerais avancer petit à petit et avoir ce qu’on veut tous. Je veux pouvoir me marier et avoir un bébé », a-t-elle clamé. « Je mérite d’avoir les mêmes droits que tout le monde, en ayant un enfant, une famille, toutes ces choses et bien plus. »

Cette révélation a fait bondir la responsable du Planning familial américain, Alexis McGill Johnson. « Nous soutenons Britney et toutes les femmes qui font face à la coercition reproductive. Votre santé reproductive vous appartient et personne ne devrait prendre de décision à votre place », a-t-elle rappelé sur Twitter.

La responsabilité du père et un soutien infaillible des fans

Son avocat commis d’office, Samuel Ingham, avait affirmé devant le tribunal que la chanteuse avait « peur de son père ». Elle a d’ailleurs critiqué lors de l’audience l’attitude de sa famille, dont son père : « Ma famille n’a rien fichu du tout ».

Elle a assuré que ses proches ne l’avaient pas aidée, notamment quand son médecin l’a forcée à prendre du lithium : « Il m’a retiré mes médicaments normaux que je prenais depuis 5 ans. Et le lithium est vraiment très, très fort, c’est complètement différent de ce dont j’avais l’habitude. Il m’a donné ça et j’avais l’impression d’être ivre. Je n’arrivais pas à parler. » Elle a ajouté : « Tout ce qui m’est arrivé a été approuvé par mon père. »

« Madame la juge, mon père et tous ceux qui sont impliqués dans cette tutelle et mon management, qui ont joué un énorme rôle en me punissant quand je disais non… Madame, ils devraient être prison (…). J’aimerais vraiment porter plainte contre ma famille, pour être totalement honnête avec vous. J’aimerais aussi être capable de partager mon histoire avec le monde et dire ce qu’ils m’ont fait, au lieu que tout soit un secret bien gardé à leur avantage ».

Dans une brève déclaration lue devant le tribunal, Jamie Spears a dit être « désolé de la voir dans une telle souffrance » et a affirmé qu’il aimait « beaucoup » sa fille.

Le New York Times assure en outre qu’en vertu de cette tutelle, la chanteuse doit payer non seulement ses propres frais d’avocat, mais aussi ceux, considérables, des tuteurs qui contestent ses demandes devant le tribunal.

Toute cette polémique n’a fait que raviver la campagne #FreeBritney orchestrée dans la rue et sur les réseaux sociaux par certains fans. Plusieurs dizaines d’entre eux étaient présents ce mercredi devant le tribunal pour manifester leur soutien à leur idole.

Saluant la prise de parole de Britney Spears, la juge a indiqué que cette dernière devait désormais formellement demander la levée de sa tutelle et que son recours serait examiné à une date ultérieure. Elle aura également le droit de remercier son avocat qui lui avait été imposé et pourra embaucher le conseil de son choix. Un début de liberté. Une nouvelle audience doit se tenir en juillet.

Par Emma Forton

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